Un petit mot avant la fin du monde

Je vous laisse ce petit mot avant la fin du monde. Avant que le dernier souffle ne se mêle au vent, avant que la dernière étoile ne se cache derrière les nuages, je dépose ces mots, como una ofrenda, comme une prière.

Un besoin profond nous pousse à revenir à l’essentiel : nos souvenirs premiers — ceux du feu, de l’eau, del viento, de la terre, des astres, l’instinct animal, l’intuition des premiers cueilleurs. Ces souvenirs ne sont pas de simples pensées. Ce sont des respirations, des vibrations profondes, un tambor que suena en lo profundo del pecho.

C’est notre nahual — ou nawal — cette essence ancienne qui veille, qui murmure en los sueños, qui nous guide sur un chemin invisible. Il est le jaguar qui traverse les ombres, le colibri qui perce la lumière, la pluie que despierta la semilla.

Le nahual est notre double, notre reflet sacré. Il est le socle de notre identité, le fil qui nous relie à notre origine, a nuestra tierra.

Mais nous avons oublié.

Et pourtant, alors même que nous changeons, que le monde nous altère, nous déforme, nos aleja los unos de los otros, ces souvenirs nous ramènent à la source.
Se souvenir, c’est résister à la dissolution. C’est se rappeler, avec humilité, quienes somos realmente. Nous, fils et filles de la terre, avons grandi en croyant que nous étions séparés, dissociés des éléments, des animaux, des plantes, y de las estrellas.

Mais non.

Nous ne sommes que des grains, portés par le vent. Les êtres humains, les bêtes, les herbes, les pierres —tous retourneront al corazon de la madre tierra.

Souviens-toi :
La terre ne nous appartient pas.
Nosotros pertenecemos a la tierrra.

Et malgré l’oubli, il reste en nous l’émerveillement. L’innocence de l’enfant qui contemple pour la première fois l’immensité de la mer. L’étonnement devant la libelula que se posa en tu mano, l’extase devant le feu qui danse. Le goût du chocolat sur la langue. La lumière sur la peau. Cada sensaciòn es un rito. Cada respiro es un portal.

Nous sommes des êtres de frontière, mi-corps, mi-essence.
Somos la fusiòn del ser humano con las plantas, los animales y los minerales.
Nous habitons entre ce monde et l’autre, entre le visible et l’invisible.
Le nahual veille, au plus profond de nous-mêmes, depuis le jour de notre conception.

Moi, je viens d’un peuple qui chante el lenguaje de los volcanes, de los bosques y de los muertos. Mon nahual marche avec moi. Il ne me quitte jamais. Il est ma mémoire, mon instinct, mon intuition, mi cultura.

Alors je vous laisse ce mot, avant la fin du monde.

SLICH


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